Amphores

Les amphores et leurs fragments sont les témoins céramiques les plus abondants sur la plupart des chantiers de fouilles. En Égypte, jusqu'au cours du 10e siècle, l'amphore reste le seul récipient de transport, à la fois bouteille et boîte de conserve. Le commerce du vin et de l'huile fut très actif durant toute l'Antiquité et la période byzantine. Suivre le parcours d'une amphore, de sa sortie de l'atelier à son lieu de découverte, permet de tracer des réseaux commerciaux entre les diverses régions d'activités de l'Empire.

Une industrie florissante

Souvent, des ateliers de potiers s'installent sur les lieux prospères de production viticole et oléicole. Ces lieux de production se caractérisent par la présence de fours et d'innombrables déchets de cuisson, fragments déformés ou mal cuits. Au contraire, sur les lieux de consommation ou les lieux d'importation, les fragments sont de bonne qualité et sans doute moins nombreux. En Égypte, d'innombrables ateliers d'amphores ont pu être repérés. En Moyenne-Égypte, région autrefois viticole, d'où sont issues la majorité des amphores de la collection du Louvre, les principaux ateliers se situent à Antinoopolis (Antinoé) et Hermopolis Magna (Ashmounein), où fours et déchets attestent une production amphorique. En revanche, le monastère de Baouît, particulièrement investi dans la production et la commercialisation du vin, d’après l’étude de nombreux ostraca, n’a pas encore révélé d’atelier de production amphorique. On suppose, toutefois, que des officines devaient être implantées à proximité du monastère.

Les origines

La qualité et la nature de l'argile, qui fait l'objet de nombreuses études scientifiques de nos jours, permettent souvent d'identifier les lieux de production des amphores et ainsi de discriminer les productions locales des productions importées de Grèce, de Chypre, de Campanie, de Palestine ou d'autres régions viticoles ou oléicoles de l'Empire.

 

De nombreuses amphores portent en outre, peintes ou estampées sur l'épaule ou l'anse, des indications de lieux ou de terroirs, ou encore d'ateliers, permettant de reconnaître leur origine.

Des emballages

Deux caractéristiques morphologiques - un col resserré rendant l'obturation facile et hermétique et deux anses de préhension solides - en font le récipient privilégié des transports. Sa panse peut être fuselée ou globulaire ; son pied plat ou pointu. Panse fuselée et pied pointu favorisent le rangement pratique et économe d'espace dans les cales des navires comme dans les resserres.

 

Le portage se fait soit en passant dans les anses deux sangles liées à une perche reposant sur les épaules des porteurs (amphore du Virginia Museum of Arts n° 62-1-5), soit en laissant reposer l'amphore sur l'épaule en l'équilibrant d'une main accrochée à l'anse ou au pied (coupe de Macron et l'amphore de Myson).

 

Le pied pointu peut être utilisé pour ficher le vase dans le sol (ce n'est semble-t-il le cas que dans les sites égyptiens du désert) ou pour stabiliser le versement de l'amphore posée sur l'épaule.

 

Les marchandises transportées peuvent être liquides ou solides :

 

  • le vin : dans ce cas, l'amphore subit un traitement d'étanchéité, ses parois intérieures sont badigeonnées de poix ou de résine ;
  • l'huile : on s'abstiendra alors de la couche résinée qui gâterait le goût de l'huile ;
  • le miel.
  • mais aussi le poisson en saumure (garum) ; les grains.

 

Ces aliments solides ne furent peut-être transportés qu'une fois les amphores vidées de leur premier liquide.

 

Les capacités de contenance ont été bien déterminées par deux archéologues pour deux sites égyptiens : les Kellia, publiés par Michel Egloff, et Hermopolis Magna (Ashmounein) par D. Bailey. Une amphore d'une hauteur comprise entre 65 et 75 cm pour un diamètre de 20 à 25 cm offrira une capacité de 12 à 16 litres.

 

Des récipients de maturation

Les amphores tiennent en outre le rôle de fût : au sortir du pressoir, le vin est versé dans des amphores de terre cuite, souvent installées au soleil afin d'en hâter la maturation. Pour éviter l'éclatement du récipient sous l'effet de la transformation du liquide, un petit trou est percé à la base du col, permettant aux gaz de s'échapper.

Des remplois ingénieux

Dans le monde copte, aussi ingénieux qu'impécunieux, la récupération des amphores prend un tour extrêmement intéressant (à faire rêver nos designers contemporains). La deuxième, troisième ou quatrième vie des amphores se pérennise sous forme classique de boîte de conserve, pot à eau mais aussi matériel architectural (allègement des voûtes, renforcement des murs de briques crues), placards (la panse est alors enfoncée dans le mur et forme niche), tuyauterie (cette fois se sont les cols détachés des panses qui font office de conduites). Certaines d'entre elles servirent de dernier berceau à de petits enfants défunts.

Formes et datation

Étudier une série de récipients aussi imposante et universelle dans le monde méditerranéen que les amphores demande une grande rigueur d'analyse. Aussi les classifications selon des critères choisis se sont imposées très tôt. Souvent, les classifications ont été faites par les archéologues à partir des chantiers explorés. Cette méthode démultiplia les types, ce qui ne facilite pas la synthèse.

 

Pour la zone géographique de la Moyenne-Égypte et la période qui nous intéresse, nous avons retenu la typologie élaborée par J. A. Riley, établie à partir des chantiers d'Afrique du Nord. Sa classification, fondée sur les formes et leurs variations dans le temps, désigne les amphores sous le terme de Late Roman Amphora assortie d'un numéro d'ordre et se transcrit « LRA 1 à 7 ».

 

Les travaux de M. Egloff (qui a lui-même établi une typologie chiffrée) aux Kellia et D. Bailey à Ashmounein (Hermopolis Magna) sont indispensables dans l'étude des amphores. Il sera souvent fait référence à ces travaux dans les notices.

 

Entre le 4e et le 10e siècle, les formes évoluent assez peu en Égypte. Long récipient oblong, col plus ou moins trapu, anses latérales et fonds le plus souvent apode. Les variations vont porter sur la largeur de la panse, depuis le fuselage des amphores dites « carottes » ou bitronconiques, à la rotondité des LRA 5/6 ; sur la hauteur du col, du simple bourrelet des LRA 4, au tuyau allongé des LRA 7 ; sur l'attache des anses, aux boucles annulaires fixées dans le haut du col des amphores bitronconiques, aux « étriers » fixés à mi-col et à l'épaule, des LRA 7.

 

Provenance

La collection d'amphores de la section copte est riche de 43 individus qui sont tous sortis de fouilles. La majorité des amphores offrent donc une provenance connue : Antinoé, Baouît ou Tôd. Cependant quelques-unes sont muettes sur leur provenance. Compte tenu du nombre restreint de chantiers fournisseurs (ni Médamoud, ni Edfou, ni Zaouiyet el-Mayetin n'ont procuré au musée ce type de récipient) et des comparaisons établies avec les amphores de provenance connue, comparaisons s'appuyant sur l'argile et l'aspect de l'engobe, l'attribution hypothétique à Antinoé ou à Baouît peut être tentée. Cette hypothèse de provenance sera signalée dans les notices.